CHAMPION

Résumé

4 amis – ALPHA, OMEGA, LAMBDA et SIGMA – se retrouvent au bar, comme d’hab.

Un peu nostalgiques, un peu ivres, ils repensent à leur pote problématique, BÊTA, qu’ils ont choisi de virer du groupe, suite à des accusations de violences sexuelles.

La fiction se mêle au réel lorsque les témoignages audios de jeunes hommes s’ajoutent à la narration pour questionner la violence au masculin.

Quelle est la place des hommes dans les luttes féministes ?

Quelle est leur responsabilité dans leurs groupes d’amis ?

Solidarité masculine ou conscience morale vis-à-vis des victimes ?

Boysclub, in-justice, réparation.

Champion balance les porcs et les guide vers un système anti-carcéral utopique, entre western, rap, comédie et documentaire : dimension parallèle où les hommes se prennent en charge.

ENTRE DOCUMENTAIRE ET FICTION

Le projet CHAMPION est né d’une recherche documentaire sur les hommes et sur leur(s) violence(s) ; d’une enquête que j’ai menée auprès de 18 jeunes hommes cisgenres de 21 à 38 ans, résidant en France, et de catégories sociales diverses.

Ils ont accepté d’être enregistrés et de répondre à mes questions. Parmi elles : « as-tu commis des VSS, oui non peut-être ? » Sur les 18 enregistrés, 14 avouent, souvent à demi-mot, que oui.

Cette enquête révèle que :

  • Près de la moitié ont été victimes d’inceste, grandi dans un climat incestuel ou subi de la pédocriminalité. Tous ont subi au moins une violence sexuelle et minimisent ce qu’ils ont vécu “ce n’était pas si violent” “j’aurais dû dire non”…
  • 90% ont avoué des comportements violents (du harcèlement, jusqu’au viol(s))
  • Le seul condamné pour harcèlement sexuel se présente comme victime de cette femme qui aurait menti à la police
  • 90% ont au moins 1 ami ou proche accusé de VSS
  • Tous parlent de leur éducation, d’une pression sociale qui les poussent à reproduire des schémas de violence, mais peu assument la perpétuation de cette violence. Beaucoup d’enrobages, 1 seul qui assume sans se justifier.

Cette écoute m’a amené à me demander : combien sont-ils réellement ? Sont-ils conscients de la gravité de leurs actes ? A quel point se mentent-ils à eux-mêmes ? A-t-on vraiment dépassé le mythe du méchant violeur dans le parking avec un couteau ?

QU’ATTEND-ON DES AGRESSEURS ? (À PART QU’ILS CRÈVENT) ET QU’ILS NE RECOMMENCENT PAS.

Dans Champion, on parle de VSS, pas du point de vue des victimes, mais de celui des agresseurs. Alors oui, il s’agit encore de leur donner la parole, mais pour tenter de comprendre, sans excuser.

Presque 10 ans après #metoo, après le procès Pélicot, on assiste à une recrudescence des mouvements masculinistes, notamment chez les jeunes.

1% des plaintes aboutissent à une condamnation, toutes ne portent pas plainte (90%) et les peines appliquées sont dérisoires.

Tous les mettre en prison est impossible, elles sont déjà surchargées. Le système carcéral est dysfonctionnel (raciste, manque de moyens, police mal formée et récidives à la sortie). Alors comment penser le suivi des agresseurs, leur réinsertion dans la société, dans des logiques plus proches de la justice restaurative ou de la justice transformatrice ? Et comment rendre justice aux victimes dans ces conditions.

SI MON AMI A FAIT ÇA, EST-CE QUE MOI AUSSI J’AI PU ÊTRE VIOLENT

Champion nuance aussi la question du monstre, « l’autre », ce violeur qu’on ne veut pas être ni connaître. “Les monstres ça n’existe pas”, comme l’a dit Adèle Haenel, ces gens sont des humains comme les autres. Ils font partie de nos cercles proches, qu’on le veuille ou non et qu’on le sache ou non. Ce qui nous empêche de voir l’ampleur du problème, c’est de croire que la seule façon de condamner ces actes est de les rejeter (ou les mettre en prison). Les champions de cette histoire essaieront tout au long de la pièce de prendre en charge Lambda, dans une démarche honnête et militante, sans pour autant valider ses actes.